Nos randonnées, Suisse

Brouillard, pluie et soleil pour notre weekend à la Trifthütte

Un weekend comme on les aime. Nous sommes partis à l’assaut de la Trifthütte, une cabane du Club alpin suisse (CAS) située au cœur du Susten, du Grimsel et de la Furka. Vous savez, ces montagnes qu’on appelle les 4 fantastiques avec Raphaël. Même s’il manque le Gothard pour qu’elles soient au complet, la balade est à couper le souffle.

Il a plu toute la nuit. La météo nous promet donc des paysages aux contrastes incroyables. Armés de nos vestes étanches, de nos sacs à dos et de nos plus beaux sourires, nous arrivons à la petite station qui nous conduira au départ de la randonnée. Il est possible de monter à pied mais vous ajouterez encore deux bonnes heures aux sept qui vous attendent déjà. Serrés comme des sardines à huit dans notre petite cabine, nous prenons de la hauteur. Le voyage dure une dizaines de minutes mais quel spectacle!

En route pour la Trifthütte - Prenez Place

En route pour la Trifthütte - Prenez Place

A peine sortis, une pluie très fine décide de nous tenir compagnie. On s’arme de patience et on commence à monter. Comme d’habitude, le souffle se fait plus court, le rythme cardiaque s’accélère. Je trouve ci et là quelques plantes à photographier pour reprendre ma respiration. Je contemple les yeux émerveillés les paysages qui m’entourent. C’est beau à gauche. C’est beau à droite. Le plaisir de la montagne tout simplement.

La rivière glaciaire s’est frayée un chemin parmi les rochers. Il nous faudra grimper sur ceux qu’elle a creusés depuis des millions d’année pour arriver à sa source, le glacier du Trift. L’eau rend la roche métallique, brillante, les plantes magiques. On a l’impression d’être dans un autre monde.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

La plupart de ceux qui décident de venir marcher dans la région sont intéressés par le pont du Trift. Personnellement, avec mon vertige, c’est plutôt ce qui me ferait l’éviter 😉 Il n’y a pas vraiment le choix, il faut le passer pour pouvoir continuer l’ascension en direction de la cabane où nous allons passer la nuit. J’utilise ma technique, validée depuis quelques temps. Je me mets derrière Raphaël, la tête dans son sac à dos, je ferme les yeux et on avance ensemble. Pour les amateurs de chiffre, le pont a été construit en 2009 et fait partie aujourd’hui des plus longs (170m) et des plus hauts (100m) ponts suspendus des Alpes. Les gens s’arrêtent au milieu pour faire des photos, je me contente de le traverser. C’était déjà bien assez compliqué comme ça.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

Comme si on me félicitait du courage dont je n’ai pas fait preuve, le brouillard commence à se dissiper et le soleil pointe le bout de son nez juste après le passage du pont. On en profite pour faire une petite pause pique-nique avant de continuer la deuxième partie de l’ascension qui nous conduira à la cabane.

A peine repartis que quelques échelles nous attendent. On redescend pour mieux remonter après. Il faut encore traverser quelques ruisseaux sur des pontons qui n’ont pas l’air de tenir du tout. On se dépêche. On est mouillé. Avec toute la pluie tombée pendant la nuit, les cours d’eau sont plutôt costauds et on ne fait pas les malins.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

Arrivés en haut du premier col (on va l’appeler comme ça!), on est surpris de voir qu’il faudra traverser un ruisseau un peu plus grand que les précédents. L’eau gronde et franchement, l’envie de passer et de monter à la cabane redescendent brusquement. Le chemin passe pourtant par là, on voit une marque plus haut dans la face. On cherche des cailloux pour traverser cette fichue rivière. Raphaël repère un passage et s’élance en premier en jouant à l’équilibriste. Il sort de son sac une cordelette et nous la lance pour qu’on puisse également traverser. C’est plus facile que ça en à l’air et on arrive tous de l’autre côté sans encombre.

Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Le brouillard monte et redescend. C’est plutôt apocalyptique. Tellement que quelques minutes plus tard, nous sommes à nouveau enveloppés et nous ne voyons plus à trois mètres. On se concentre, on met un pied devant l’autre et on fait attention à ne pas glisser. A chaque pas, on a l’impression de tomber dans le vide. On perd nos repères. Le chemin à flanc de coteau ne semblait pourtant pas si compliqué…

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En contre-bas, le sentier et la vue que nous n’avons pas pu admirer en montant.

Le dernier passage est technique. Des mains-courantes nous aident à monter. Il ne reste plus que quelques centaines de mètres avant de voir la cabane. On marche depuis des heures. Je commence à en avoir marre et le brouillard fait son retour. Raphaël vient me parler. Je n’aime pas trop parler quand je suis dans cet état-là. Je préfère m’asseoir sur un caillou et pester en silence. Je sais que ce n’est pas le moment mais je n’arrive pas à me résonner. Il faudra pourtant que je me donne un coup de pied aux fesses pour arriver avant la pluie.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

On devine enfin la cabane au loin dans le brouillard…

Voilà la cabane! La célèbre Trifthütte est devant mes yeux. Nicole, Leo et leurs enfants sont là pour nous accueillir un verre de thé à la main. On échange quelques mots avec eux et puis on rentre au chaud. Le repas du soir est copieux et délicieux. On se régale! On joue à un jeu de société, on bavarde et lorsque le moment du couvre-feu est arrivé, on prend le chemin des dortoirs.

Le lendemain matin, on se réveille alors que les premiers randonneurs partent à l’assaut du glacier. On traîne un peu, blottis dans nos sacs de couchage avant d’aller prendre le petit-déjeuner. L’endroit est connu par les alpinistes et plusieurs groupes sont déjà partis quand nous arrivons dans la salle commune. On avale une tartine en buvant un café avant de prendre nous aussi le départ.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

La descente est moins technique que la montée. Et pourtant, on la redoutait avec la maman de Raphaël en allant se coucher. On descend assez rapidement. La rivière gronde moins elle aussi. Il semblerait que tout le monde ait mis de la bonne volonté pour que la journée se termine en beauté 😉

Tellement de bonne volonté que tout à coup, on s’arrête net. Nous sommes entourés d’une Gloire circulaire! Vous m’excuserez pour la qualité médiocre de la photo qui suit mais c’est tellement incroyable qu’il faut que je vous montre. On en n’avait jamais vu de notre vie! Il s’agit en fait d’un phénomène optique composé des anneaux des couleurs de l’arc-en-ciel. On peut l’observer sur terre, si on se trouve au sommet d’une montagne et qu’il y a du brouillard. Chacun voit la sienne mais on ne voit pas celle des autres.

Gloire - Phénomène lumineux - Prenez Place

On joue un moment avec nos ombres en rigolant avant de reprendre notre chemin. Il est midi quand nous arrivons vers le pont où nous avons fait halte le jour précédent mais il y a tellement de monde qu’on attrape des boutons. On décide de continuer de suivre le sentier pour trouver un endroit plus calme.

Finalement, l’endroit plus calme se faisant de plus en plus rare, on s’arrêtera au bord du chemin. C’est bien aussi.

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

En balade à la Trifthütte - Prenez Place

Comme à chaque fois quand on revient dans la civilisation, on entend à nouveau le bruit des voitures au loin et on a un peu mal aux oreilles. C’est la fin de ce beau weekend en famille et on a tous le cœur un peu lourd que ça s’arrête. Comme si le destin ne voulait pas qu’on soit fâché avec Dame Nature, on trouve quelques petites chanterelles pour notre repas du soir. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se sente un peu mieux 😉

Dormir à la Trifthütte | Informations pratiques

Durée: 4h45 pour monter et 6 heures pour descendre

Parcours: Si vous montez à la cabane, nous vous conseillons de vous épargner l’effort de la première montée en prenant les cabines. Il faut impérativement réserver votre ticket en allant sur le site de la Triftbahn. La dame à l’accueil n’est pas très sympa mais elle semble être connue pour ses sautes d’humeur 😉 Pour descendre, l’option cabine s’offre à vous mais puisqu’il faut réserver un créneau horaire pour descendre (pour monter aussi) vous n’aurez pas la liberté de vous arrêter où et quand vous voulez. Nous avons préféré profiter du chemin jusqu’en bas dans la vallée. C’était très beau!

Difficultés: Le chemin n’est pas facile. Il y a plusieurs passages techniques (ponts sans main courante, semi-escalade, échelles, rivières à traverser). Mieux vaut le savoir avant de vous lancer.

Des questions ou des remarques? N’hésitez pas à les laisser dans les commentaires!

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15 comments
  1. Cindy came-true.blogspot.fr Répondre
    28 septembre 2017 à 11 h 00 min

    Le lac en contrebas, le glacier… que tes photos sont magnifiques!!!! Je comprends ta peur pour le pont suspendu et admire ton courage tout autant que ta technique haha! J’arrive maintenant à surpasser ça la plupart du temps, mais j’étais comme toi avant, alors je compatis. ^^ Superbe article comme à chaque fois, merci pour ce moment d’évasion. ^_^

    1. Letizia Répondre
      30 septembre 2017 à 16 h 28 min

      Tout le monde rigole mais je n’ai rien trouvé de mieux pour le moment 😆 Tu étais comme moi? J’ai un degré aigu de vertige, parfois j’en deviens stupide… Merci Cindy 😘

      1. Cindy came-true.blogspot.fr Répondre
        3 octobre 2017 à 9 h 23 min

        Oui j’étais comme toi, pire même. Jamais je n’aurais traversé pour ma part il y a quelques années. Mais j’ai travaillé sur cette phobie au fil du temps et maintenant je ne rate aucune occasion de « me tester », pour entretenir l’habitude et que la peur ne revienne pas. Clairement je ne fais pas la maline face au vide, je vais sur le bord des falaises à 4 pattes et je me cramponne à la rambarde quand il y en a une, mais j’y vais!

  2. Madame Potiron Répondre
    28 septembre 2017 à 13 h 33 min

    Holala! C’est magnifique! Et je dois avouer que le nom « trifthutte » ben dit a voix haute, cela me fait rigoler – faut pas chercher!

    1. Letizia Répondre
      30 septembre 2017 à 16 h 29 min

      C’est vrai que c’est plutôt drôle comme nom. Ça vaudrait peut-être la peine de chercher la nature de cette appelation 😜

  3. Célia - Escapades etc. Répondre
    30 septembre 2017 à 11 h 25 min

    Tes photos sont sublimes ! J’adore l’ambiance mais je ne sais pas si je serai capable de faire ce genre de chose un jour 🙂

    1. Letizia Répondre
      30 septembre 2017 à 16 h 30 min

      C’était effectivement pas une randonnée pour débutants mais c’est faisable si tu t’entraînes un peu! Merci Célia 😘

  4. Adeline Répondre
    1 octobre 2017 à 10 h 50 min

    Les montagnes, la brume, les sapins… Comme c’est beau ! J’adore ce genre d’ambiance et la relative solitude ce genre de marche peut apporter 🙂 Mais olala le pont, quelle horreur ahah. Je note la technique parce que vraiment, si un jour je dois traverser un truc pareil, je ne serai pas loin de la crise d’angoisse !

    1. Letizia Répondre
      2 octobre 2017 à 10 h 14 min

      Moi qui pensais être la seule folle à avoir le vertige, vous me remontez le moral les filles! La technique fonctionne mais il faut vraiment avoir confiance en la personne qui vous précède parce qu’ouvrir les yeux pour regarder en bas et vous êtes perdues…

  5. Chrys Répondre
    2 octobre 2017 à 10 h 08 min

    Ha j’adore ! C’est magnifique ! Je note aussi la technique du pont flottant, j’ai aussi la frousse du vide et souvent ça se termine en larmes, au milieu, ou carrément avec des demi-tours, je me sens moins seule ! Vive la montagne !! 🙂

    1. Letizia Répondre
      2 octobre 2017 à 10 h 15 min

      Carrément les larmes? Bienvenue au club! Les gens pensent toujours que j’exagère quand je reste plantée au bord du pont mais c’est juste mon cerveau. Je n’arrive plus à faire un pas en avant, c’est l’angoisse à l’état pure.

  6. Deux Évadés - Laura Répondre
    2 octobre 2017 à 10 h 26 min

    Magnifique article et photos ! Je suis amoureuse de ces paysages. Même avec du brouillard je les trouve magnifique et tu as un véritable talent pour faire ressortir leur beauté dans tes photos!
    Je pense que j’aurais sérieusement eu du mal sur le pont aussi… Mais c’est une bonne technique. Même si c’est frustrant qu’à cause de la peur, on ne puisse pas profiter correctement de l’expérience !

    1. Letizia Répondre
      2 octobre 2017 à 11 h 16 min

      Le brouillard donne toujours un aspect particulier aux photos, comme une autre dimension… Je préfère presque à un grand ciel bleu ☺️ Merci les filles d’être solidaire, j’apprécie beaucoup ne pas être seule à galérer pour le passage des ponts. Et je ne vous ai pas encore parlé de ma phobie des grilles…

  7. Itinera Magica Répondre
    6 octobre 2017 à 13 h 27 min

    Waaah mais comment avais je pu rater cet article ! tout ce que j’aime : glaciers, brumes, beauté solennelle… même si j’imagine que la montée était bien rude !
    j’adore ce pont suspendu, ces fougères, ces glaciers… magnifique !

    1. Letizia Répondre
      6 octobre 2017 à 13 h 28 min

      Pour être rude c’était rude mais la récompense tout le long du parcours valait bien ces quelques gouttes de sueur 😊 Merci 😘

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